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Analyse

Faut-il avoir peur de la Dette publique ?


Résumé de la conférence tenue à l’espace Marx le 16 décembre
Franck Van de Velde – Université Lille1
Denis Durand – CGT Banque de France

Introduction

Les chiffres censés nous effrayer

Le montant de la dette publique est aujourd’hui de 1150 milliards d’euros. Franck Van de Velde prend ici une définition restrictive de la dette publique et s’en explique. En effet la dette publique porte à l’origine sur la dépense à la fois de l’État et des collectivités territoriales, qui produisent des services non marchands, financés par l’impôt ou l’emprunt, et assure un rôle de redistribution via la sécurité sociale financées par des cotisations sociales. Les services non marchands représentent environ un quart du PIB français et sont en baisse (25,7 à 22,7% de 1985 à 2004), la sécurité sociale représente quant à elle environ 29% du PIB et est au contraire en légère augmentation (de 27,2 à 29,1% de 1985 à 2004). La dette de l’État central représente environ 80% de la dette publique et est donc assimilé ici à la dette publique. Elle a été multipliée par 5 en 25 ans et suscite souvent l’inquiétude à propos de l’importance du service de la dette, c’est à dire le remboursement des intérêts attachés à cette dette. Le service de la dette représentent 15% du budget de l’État, 2,5% du PIB. Les intérêts que l’Etat doit rembourser chaque année sont environ équivalents au produit de l’impôt sur le revenu et représentent le deuxième poste de dépense après l’Éducation nationale.

La France dans la moyenne

La part de la dette dans le PIB français est de 64%, soit 4% au dessus des critères définis par le traité européen de Maastricht (1992). 64% c’est également le taux d’endettement des Etats-Unis, du Canada ou de l’Allemagne. La zone euro atteint les 67% en moyenne : certains sont au dessous l’Espagne (37%) d’autres au-dessus comme l’Italie (106%) ou le Japon qui bat des records avec 180% d’endettement.

La dette publique et « les générations futures »

On parle souvent du fardeau de la dette, comme un poids que l’on passerait d’une génération à une autres.
On ne peut cependant pas assimiler un raisonnement micro-économique, rapporté à l’individu, une famille ou une entreprise par exemple, avec celui un raisonnement macro-économique, collectif: l’Etat n’est pas un ménage ou une entreprise, c’est bien ce qui en fait sa particularité.
Il est nécessaire de prendre en compte à la fois les dettes, mais aussi les créances qui les accompagnent. Lorsqu’il emprunte l’Etat émet des obligations d’Etat qui seront achetées par différents acteurs du circuit économique, des épargnants. Or on sait que les acteurs qui épargne le plus sont aussi ceux qui ont les plus haut revenus. Par ailleurs, la dette est remboursée par l’ensemble des contribuables.
Le problème que peut poser la dette publique n’est donc pas un problème inter-générationnel mais un problème de justice sociale contemporain, intra-générationnel.

La dynamique de la dette

On Définit Solde primaire : recettes – dépenses (sans les intérêt)

Le poids de la dette, c’est à dire le rapport de la dette au PIB, augmente lorsque le solde primaire augmente.

L’effet boule de neige

Le poids de la dette augmente aujourd’hui car il existe une combinaison de trois facteurs: une faible croissance économique, un taux d’intérêt de remboursement (celui des obligations) relativement élevé et un faible taux d’inflation.

Soit tout l’inverse de la situation des Trente glorieuses, où le taux de croissance avoisinait les 5%, le taux d’intérêt restait relativement faible et l’inflation importante (5% en moyenne) rendant les taux d’intérêt réels négatifs. La dette publique représentait finalement 16% du PIB au lendemain des Trente glorieuses.

Le rôle du déficit budgétaire

Deux conceptions s’affrontent. Le conception classique ou néo-libérale rend la dépense publique responsable d’une éviction des dépenses privées (consommation et investissement). Lorsque la dépense est financée par l’impôt, le revenu disponibles des ménages, après impôt, s’en trouve diminué et c’est la consommation qui en pâti. Lorsqu’elle financée par l’emprunt la dépense publique provoque une hausse du taux d’intérêt, qui évince l’investissement privé.
La conception Keynésienne permet à la dépense publique de soutenir l’activité, sous certaines conditions. Un manque d’investissement peut alors se résoudre par une baisse de la production ou une dépense publique qui vient compléter le manque d’investissement privé en assurant un débouché à l’épargne trop importante.
Cependant, le déficit budgétaire doit être accompagné d’une politique monétaire adéquate, rendant l’argent bon marché. Lors des périodes favorables l’excédent doit avant tout être utilisé pour rembourser la dette publique.
Cette conception remet alors en cause la sacro-sainte indépendance de la Banque Centrale Européenne située à Francfort.

« Il est néanmoins une voie que le malheureux homme de bien peut emprunter. Il peut s’engager à payer des impôts. Là serait la véritable charité, impartiale, impersonnelle, n’exigeant aucune reconnaissance de personne, venant en aide à tous. Là serait une destination pour les dons dispensés sans amours. Là serait le moyen d’atteindre la poche du Pauvre Méritant, sans faire perdre son temps à des secrétaires! Mais hélas! Il n’y a aucun romantisme à s’engager dans une telle voie, et les gens ne réclament nulle part autant de pittoresque que dans l’exercice de leurs vertus. »

Robert Louis Stevenson

à lire :

L’épouvantail de la dette publique, Bruno Tinel et Franck Van de Velde

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À propos de Antoine

Professeur de français / Traducteur

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