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Journal, Opinion

Pourquoi il faudra tout de même laisser son argent à la banque le 7 décembre…


La révolution selon Cantona

Tout commence le 8 Octobre dernier, lorsque l’ancien footballeur aujourd’hui reconverti en conseiller financier de division d’honneur, Eric Cantona, déclare lors d’une interview à Presse Océan, qu’il existe un moyen finalement très simple de saborder les banques et de faire une révolution : en retirer simultanément tout son argent. Simple ? Pas si sûr. Révolutionnaire ? Non plus, nous y reviendront. Écoutez plutôt :

De là, l’idée du badboy des Red Devils fait son chemin dans les tête de Géraldine Feuillien, Yann Sarfati et Arnaud Varnier et aboutit à la mise en place d’une journée événement, le 7 Décembre 2010, date de la dite révolution, où les usagers des banques sont invités à aller y retirer leur argent. Leur site internet BankRun2010 est traduit en 8 langues, et présente ainsi la vidéo de l’ancien champion de football accompagnée d’un communiqué. Un événement facebook est également crée, regroupant à ce jour plus de 30 000 participants : REVOLUTION ! LE 7 DECEMBRE ON VA TOUS RETIRER NOTRE ARGENT DES BANQUES !

La méthode proposée par les organisateurs est relativement simple en apparence : se rendre tous ensemble le 7 décembre à notre banque et en retirer notre argent déposé sur nos différents comptes-chèques, livrets d’épargne et autres. Le but avoué est  de faire écrouler le système bancaire au cours de ce que l’on appelle un Bank Run (littéralement « course à la banque »). On se souviendra de l’épisode anglais de la Nothern Rock en 2007 au tout début de la crise, où des milliers d’anglais, paniqués par le risque de faillite de leur banque se sont tous précipités afin de récupérer leurs économies. Résultat : une quasi faillite de la banque, qui a du être nationalisée. Notons que tous n’y ont bien entendu pas récupéré toutes leurs billes...

Cette opération semble a priori légitime et apparaît comme une espèce de sursaut populaire et démocratique, même si basé sur l’idée de vengeance, sur un constat d’impuissance face à des gouvernements européens qui n’écoutent plus leurs peuples et qui ne se privent pas pour les faire payer et même le revendiquer. Grèce, Irlande, Royaume Uni, Portugal, Italie, Espagne,  bientôt la France… Les politiques économiques européennes de rigueurs, qui sont les conséquence directes du sauvetage du système financier, proche de la rupture lors de la crise qu’il a lui-même orchestrée, amène un ressentiment de plus en plus fort au cœur de la population qui en a assez de payer les pots cassés. Si je ne vois pas en quoi le goût amère laissé après notre humiliation ne serait pas justifiée, il est cependant indispensable de se garder des fausses solutions, qui peuvent aller jusqu’à être démagogiques et basculer dans le poujadisme. On ajoutera les soupçons de lien avec l’extrême droite que l’opération entretien, selon Indymédia Nantes .

L’analyse de la solution qui est ici proposée, le Bank Run, nous amène donc  à répondre à la question :  Comment fonctionne le système bancaire ? Sur quoi repose-t-il ? Quelles sont les conséquences de son effondrement ?

Le système bancaire capitaliste

Le film de Paul Grignon « L’argent Dette » tente de répondre à cette question.

Outres les critiques, nombreuses que l’ont peut apporter à ce film (les critiques de ce film sur Arrêt Sur Images), climat de conspiration, approximations, et simplifications, sous-entendus tendant vers l’antisémitisme, citations sorties de nul part et non contextualisées, le film fait néanmoins preuve d’une certaine pédagogie quant aux fonctionnement du système bancaire capitaliste dans sa première moitié au moins. On retiendra pour faire court, que l’argent est en effet crée ex nihilo, et que le système économique mondial repose sur la création de dette monétaire. La banque crée la monnaie, mais ne possède pas l’équivalent matériel de cette monnaie : les billets de banques. Elle crée  de l’argent qu’elle n’a pas. D’où une faille, si tout le monde cherche à récupérer son argent sous forme de billet. On retiendra également, ce qui est énoncé trop discrètement, que ce sont les politiques, les gouvernements, qui fixent les règles de ce système, si puissant soit-il. L’affaire, mettre à genou la finance, est donc loin d’être simple on l’aura compris.

Sans banque point de salut ? Les contradictions

« Nous sommes conscients que ce système-là n’aura jamais rien à gagner d’un monde où régneraient la paix et la prospérité et qu’en continuant de confier notre argent honnêtement et durement gagné à ce système malade, nous nous rendons complices de ses vols, de ses crimes, de ses guerres, et de la misère qu’il génère. » »Nous voulons des banques qui ne prêtent que les richesses qu’elles possèdent. »

« Les héritiers du chaos » comme ils se qualifient eux-même énoncent ici des fait très paradoxaux et qui tendent à la démagogie pure et simple. Cet argent « honnêtement gagné » n’est disponible que grâce à ces même banques qu’il se proposent de mettre à mal. Ainsi, le point crucial réside dans le fait que sans banque, dans l’hypothèse où une opération comme celle-ci réussissait, nous ne serions plus capable de faire fonctionner l’économie, dont nous dépendons. Cela reviendrait en quelque sorte à ce tirer une balle dans les deux pieds… La nécessité de l’existence d’une alternative, déjà mise en place, est primordiale à la réussite d’un tel projet. Or les banques publique n’existe plus depuis que le pouvoir politique, incarné en France par Dominique Strauss-Kahn sous le gouvernement Jospin a privatisé en 1999 la dernière : le Crédit Foncier de France. Privatisation qui au passage vaudra au socialiste présidentiable en 2012, la nomination aux Radis d’Or catégorie Service Publique par le magazine Fakir.

Bref, une opération qui s’annonce hypothétiquement dangereuse et loin d’être révolutionnaire. Comme l’explique Frédéric Lordon dans son blog du Monde Diplomatique, » les vraies joyeusetés commencent après. Car, les banques mises au tapis dans un bel ensemble, il faut tâcher de se figurer de la plus concrète des manières ce à quoi peut bien ressembler la vie matérielle. Manger par exemple. C’est-à-dire aller acheter à manger. Payer par chèque ? plus possible : plus de banques. Tirer de l’argent au distributeur ? plus possible : plus de banques. Obtenir un crédit ? plaisanterie ! plus de banques. Reste l’argent liquide au fond des poches. Canto qui se sera présenté parmi les premiers aura sa lessiveuse pour tenir. Mais pour les 90% rationnés, ça leur fera quatre à cinq jours d’horizon, en forçant plutôt sur les pâtes, et juste le temps de se mettre à l’art du jardin potager, car après… Parce qu’il détruit instantanément le système des paiements et du crédit, l’effondrement bancaire général est l’événement extrême en économie capitaliste, arrêt des productions incapables de financer leurs avances, impossibilité même des échanges puisque la circulation monétaire a perdu ses infrastructures, une sorte de comble du chaos matériel, et le monde social n’a pas belle allure lorsque les individus en sont réduits à lutter pour leur survie matérielle quotidienne. » Il continue l’analyse en soulignant que « le syllo de Canto commet donc ce qu’on pourrait appeler une erreur de métonymie : il prend l’accident pour la substance, ou la réalisation particulière pour la généralité. La vérité, si elle manque sans doute de poésie, est que nous avons besoin de banques, nous en avons même un besoin vital.(…) Dans les banques, il y a les infrastructures des systèmes de paiement et de tenue des comptes, c’est-à-dire les prérequis à tout échange possible dans une économie monétaire à travail divisé. Il y a aussi des gens (plus ou moins) capables de prendre des décisions de crédit, pour les ménages, les entreprises, et puis quelques autres choses encore que nous avons sacrément intérêt à garder. »

« Au stade actuel l’action citoyenne n’a que très peu de chance de déclencher un mouvement de retrait généralisé, susceptible de menacer les banques. Leur stabilité est d’ailleurs bien plus mise en danger par la folle vague de spéculation actuellement en cours contre l’euro… En outre les liens apparents sur le web de certains promoteurs de l’initiative « Bankrun » avec des secteurs de l’extrême-droite doivent inciter à la prudence  » nous signale un communiqué d’ATTAC. D’autant plus qu’en étant planifiée, les banques peuvent s’y préparer sereinement et ne souffriront assurément d’aucun désagrément à long terme.

La nécessité d’une banque publique

Continuons avec Lordon, qui semble voir les choses plus calmement et plus lucidement.  » Mais dire que nous avons besoin de banques est une chose, et la question de savoir de quelles banques nous avons besoin en est une autre. Car des systèmes bancaires il en existe de toutes sortes, des pires et des meilleurs. Et l’on pourrait en dire ce qu’on dit déjà de cet autre générique inconsistant, « L’Europe » : ce ne sont pas les banques, c’est cette forme de banque qu’il faut détruire. On trouvera la nuance bien mince et de peu d’implications concrètes. Elle signifie pourtant que la ruine totale n’est pas une option attrayante, encore moins la ruine organisée de propos délibéré. »

Nous refusons que nos impôts, nos efforts, nos ressources continuent d’alimenter ce puits sans fond. Nous voulons retrouver le pouvoir de battre monnaie et nous affranchir des directives qui nous sont imposées par cette Union Européenne qui s’est construite contre le consentement de la majorité des citoyens consultés par referendum, sans parler de ceux dont le pays d’origine n’a pas organisé de consultation populaire.

La création d’une banque publique serait donc la solution, qui doit être un préalable à toutes actions contre les banques privées afin de nous garantir, nous citoyens, d’une future réplique de leur part. Rappelons-nous, Grèce, Irlande, Angleterre, Espagne, Portugal… Au nom de quoi ces saignées dans les budgets des pays européens sont-elles administrées aujourd’hui? Au nom de la protection des intérêts des même banques que les gouvernement ont été obligé de sauver au prix d’un endettement publique jugé désormais trop important ! Le système bancaire déréglementé est poussé à la faute. Les États, qui en ont un besoin vital les sauvent sans conditions et s’endettent auprès des banques qu’ils viennent de sauver. Le système bancaire juge ensuite ces dettes insoutenables et menace en augmentant les taux d’intêret. Voilà où nous en sommes.

La création d’un système bancaire publique et mutualisé est une première solution. Elles permettrait de se désengager en partie d’une spirale autoritaire auquel la finance a soumis nos économie par l’intermédiaire des banques. La question de la banque centrale européenne est peut-être tout aussi importante et même plus, car elle existe déjà. Sans le traité de Lisbonne et l’interdiction de la banque centrale à Francfort de prêter aux États européens, la situation n’aurait certainement jamais empiré de la sorte.

La nécessité d’enseigner et d’expliquer l’économie politique

Cette action nous apporte donc deux enseignements : le peuple n’en peux plus et en a assez de se plier à la dogma néolibérale du capitalisme financiarisé; le peuple manque également cruellement de formation en économie… Comme le souligne le film de Grignon, personne ne semble vraiment se poser la question de savoir d’où vient l’argent de comment il est crée et à qui profite de ce système. Il est selon moi important de réaffirmer la face politique de la science économique. L’économie n’est pas neutre. L’économie, en réalité, n’existe que dans la théorie. Il faut bien préciser que l’on parle de l’économie capitaliste. Là on voit  mieux de quoi on a affaire. On sait sur quoi se baser pour en aborder l’étude, la critique et pourquoi pas en proposer des alternatives.

En savoir +

Indymédia Nantes soupçonne des militants d’extrême droite d’être à l’origine du mouvement

Eric Cantona, les banques et nous, sur le site d’Alternatives Économiques

ATTAC, dossier sur la crise

La Pompe à Phynance, blog de F. Lordon

Le blog de Paul Jorion

http://sauvonslesriches.fr/

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À propos de Antoine

Professeur de français / Traducteur

Discussion

6 réflexions sur “Pourquoi il faudra tout de même laisser son argent à la banque le 7 décembre…

  1. Mr Eric CANTONA, puisque vous êtes si déterminé dans votre action, pourrez vous payer aux gens les intérêts perdu à la fin de l’année sur l’argent placé ?

    http://www.facebook.com/pages/Message-a-Mr-Eric-Cantona/169475413082806?v=wall

    SANS ARME NI HAINE NI VIOLENCE COMME SPAGGIARI…!
    Mr Eric Cantona

    Contre le message de Mr Éric CANTONA rejoignez nous !

    Publié par dan | 3 décembre 2010, 19:35
  2. Bonjour,
    je suis désolé de vous décevoir : pour que les médias en parlent, aucun danger pour l’Etablisshment !

    sur une banque cible, pourquoi pas , mais sur tout le système bancaires : je ris ….

    Le vrai problème, c’est la difficulté de penser de mes contemprorains …
    qui peut se targuer de s’y connaître en banque ??? Et Cleaestream qui brasse et blanchit des milliards !!!
    Et là la folie médiatique pour 30 000 personnes !!!!!!!!! 30 000 : ouvrez un peu les yeux !
    Comme vous êtes manipulables … c’est trop drôle … ah, oui , en plus vous votez ????
    Mais alors, ça va être un vrai bordel sur Terre !!!

    Je me gausse ….

    Publié par jean | 4 décembre 2010, 16:41
    • Je ne pense pas que ce soit à moi que vous vous adressez mais en tout cas je suis d’accord avec vous sur un point « qui s’y connaît en banque » sous entendu en économie? C’est l’objectif de ce post et de ce blog en général. Expliquer afin de comprendre, première étape avant l’action.

      Publié par dagoodtown | 4 décembre 2010, 19:20

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